A la découverte de Mob’In Occitanie, acteur local de la mobilité durable et inclusive
Engagée depuis plusieurs années pour une mobilité accessible à toutes et tous, Josy Saëlen est Déléguée régionale de Mob’In Occitanie. À travers le réseau Mob’In, elle accompagne et met en lien les acteurs qui œuvrent au quotidien en faveur d’une mobilité plus inclusive, solidaire et durable, au plus près des réalités des territoires et des personnes.
Depuis 2026, l’ALEC Montpellier Métropole a rejoint Mob’In Occitanie en adhérant au réseau. L’occasion pour Josy Saëlen de revenir sur les enjeux de la mobilité inclusive en Occitanie, sur le rôle des réseaux et de l’ingénierie territoriale, mais aussi sur les dynamiques développées avec les acteurs locaux, notamment dans le cadre du programme national Tims, porté localement par l’ALEC depuis 2024.
Bonjour Josy. Pouvez-vous nous présenter le réseau Mob’In, ainsi que votre rôle en tant que Déléguée régionale Mob’In Occitanie ?
Mob’In est un réseau qui rassemble des acteurs qui partagent tous, à leur manière, une même préoccupation : que faire pour que la mobilité soit réellement accessible à toutes et tous ?
On parle beaucoup aujourd’hui de mobilité durable, de décarbonation, de vélo, de transports collectifs… L’évolution des infrastructures, là où il y a une volonté et les moyens nécessaires, est évidemment indispensable. Mais nous partons d’une observation assez simple : une solution de mobilité n’est durable que si les personnes peuvent réellement l’utiliser. Et cette possibilité dépend de nombreux facteurs : les ressources des personnes, leur lieu de vie, leur situation familiale, leur santé, leur rapport (psychologique, imaginaire) à la mobilité, leurs compétences, leur accès à l’information… Les freins sont rarement uniquement liés à l’absence de solution de transport.
C’est là qu’interviennent des associations, des plateformes mobilité, des structures d’insertion, des collectivités et d’autres acteurs qui interviennent sur ces questions.
Mob’In les met en réseau, afin de partager les pratiques, les problèmes, accompagner la professionnalisation, et les montées en compétences et surtout faire émerger des réponses adaptées aux territoires.
En Occitanie, mon rôle est d’animer et de représenter ce réseau régional, d’accompagner les adhérents dans leurs projets, de développer les partenariats avec les collectivités et les institutions et de faire le lien entre les dynamiques locales et nationales.
C’est un rôle assez transversal, qui va de l’animation du réseau au montage de projets, en passant par la représentation institutionnelle, le suivi des financements et, surtout, beaucoup de mise en relation.
Comment le réseau Mob’In s’organise-t-il à l’échelle de l’Occitanie pour accompagner les acteurs locaux de la mobilité durable et solidaire ?
L’Occitanie est une très grande région et il n’existe évidemment pas une réponse unique à la question de la mobilité. Nos adhérent·es travaillent dans des contextes géographiques et économiques très différents. Mais nous essayons de faire circuler les expériences entre ces territoires. Une solution expérimentée dans un territoire rural peut parfois inspirer une collectivité urbaine, et inversement.
Concrètement, cela passe par des temps d’échanges, des groupes de travail, des formations, des webinaires, de la mise en relation entre acteurs, de l’appui au montage de projets. L’idée, c’est de capitaliser sur ce qui fonctionne.
Nous avons aussi un enjeu très important de professionnalisation. Les acteurs et actrices de la mobilité inclusive sont souvent très engagé·es, mais ils doivent aujourd’hui être capables de dialoguer avec de plus en plus d’interlocuteurs : collectivités, Autorité Organisatrice de la Mobilité (AOM), France Travail, services de l’État, financeurs, entreprises…
L’un des rôles de Mob’In est justement de leur permettre de ne pas rester isolés.
L’Occitanie se caractérise par une grande diversité de territoires, entre métropoles urbaines et vastes zones rurales. Quels sont les défis majeurs de la mobilité durable et solidaire spécifiques à notre région ?
Le premier défi, c’est justement cette diversité.
On se l’est dit, les difficultés de mobilité ne se manifestent pas de la même manière à Montpellier, dans une petite ville ou dans un territoire rural. Dans certains endroits, le problème sera plutôt l’accès au réseau de transports ou le dernier kilomètre. Ailleurs, ce sera l’absence de solution, les distances, le coût d’un véhicule ou encore l’impossibilité de se rendre à un emploi situé à plusieurs dizaines de kilomètres.
Mais il y a quelque chose qui me semble commun à tous les territoires : il faut arrêter de penser la mobilité uniquement à travers l’offre de transport.
On peut avoir un bus, une piste cyclable ou une solution de covoiturage. Encore faut-il que la personne connaisse cette solution, sache comment l’utiliser, puisse la financer, se sente capable de l’utiliser et qu’elle corresponde à sa situation.
C’est là que la mobilité inclusive prend tout son sens.
Et je crois que c’est particulièrement important dans une région comme l’Occitanie, où à la fois les écarts entre territoires sont très importants, et où les poches de précarité sont très importantes. La transition écologique ne pourra être réussie que si elle est aussi une transition juste, qui ne laisse pas de côté les personnes qui ont déjà le moins de choix.
Quel appui apportez-vous concrètement aux structures du territoire (associations, collectivités, plateformes mobilité) ?
Notre premier appui, c’est finalement assez simple mais très attendu : mettre les gens en relation.
Il y a énormément de compétences et d’initiatives en Occitanie, mais elles ne se connaissent pas toujours suffisamment.
Nous pouvons ensuite intervenir sur différents niveaux : aider à structurer un projet, identifier des partenaires, rechercher des financements, partager des outils et des méthodes, organiser des échanges de pratiques ou accompagner la professionnalisation des équipes (par exemple pour les conseillers en mobilité).
Nous avons également un rôle de représentation et d’interface avec les institutions. Je passe une partie importante de mon temps à essayer de faire comprendre aux partenaires institutionnels ce qui se passe réellement sur le terrain, et inversement à traduire les politiques publiques en quelque chose d’opérationnel pour les acteurs. C’est ce qui nous anime, par exemple, lorsque Mob’In Occitanie réalise des diagnostics départementaux des mobilités.
Et puis il y a tout le travail de capitalisation : ne pas recommencer partout ce qui a déjà été expérimenté ailleurs.
C’est un vrai enjeu pour nous. Lorsqu’une structure a passé du temps à construire une méthode, un outil ou une action qui fonctionne, il faut pouvoir en tirer des enseignements et les partager avec les autres.
Mob’In est très impliqué dans le programme national TIMS. Après 3 années d’expérimentation, comment percevez-vous le travail mené sur le terrain par des acteurs comme l’ALEC Montpellier Métropole ou l’association Gefosat avec les Points Info Mobilité ?
Je pense que Tims a permis de faire franchir un palier à la mobilité durable et inclusive.
Ce que je retiens surtout, c’est que le programme a permis de tester des façons de travailler, de rapprocher des acteurs qui ne travaillaient pas forcément ensemble et de remettre les besoins des personnes au centre des politiques de mobilité.
Le travail mené par l’ALEC Montpellier Métropole et par Gefosat autour des Points Info Mobilité est intéressant précisément pour cela : on n’est pas uniquement dans la mise à disposition d’une information sur les transports. On est dans une démarche qui consiste à aller vers la personne, comprendre sa situation et l’aider à trouver une solution adaptée.
Tims nous a aussi appris que l’enjeu n’est pas seulement de faire émerger des actions intéressantes pendant la durée d’un programme. Il faut ensuite se demander : comment les collectivités s’en saisissent-elles ? Comment les finance-t-on dans la durée ? Comment les professionnel·les peuvent-ils continuer à travailler ensemble ?
C’est probablement l’un des grands sujets de l’après-Tims.
Et c’est aussi pour cela que l’adhésion de l’ALEC Montpellier Métropole à Mob’In Occitanie est intéressante. Elle permet de prolonger cette dynamique au-delà d’un programme, en continuant à faire circuler les expériences et à construire des passerelles entre les acteurs et actrices.
Quels leviers ou outils préconisez-vous pour lever durablement les freins au déplacement chez les publics les plus vulnérables ou éloignés de l’emploi ?
Il n’y a pas de solution miracle. Et c’est peut-être justement le premier enseignement.
Une personne qui ne se déplace pas peut avoir besoin d’un accompagnement au permis, d’un vélo, d’un véhicule, d’une information sur les transports collectifs, d’une aide financière… mais parfois aussi simplement de reprendre confiance dans sa capacité à se déplacer.
C’est pour cela que nous défendons une approche plurielle et personnalisée.
Il faut pouvoir faire un diagnostic de la situation, identifier les freins, puis mobiliser plusieurs solutions. Et surtout, ne pas considérer que la personne doit forcément « entrer » dans une solution existante. C’est aussi à l’offre de s’adapter aux réalités des habitants.
Pour les personnes éloignées de l’emploi, la mobilité doit également être intégrée très tôt dans les parcours d’insertion. Parce qu’un emploi retrouvé à 40 kilomètres de chez soi, sans solution de déplacement réaliste, ce n’est pas un emploi durable.
Et je crois beaucoup à la coopération entre acteurs. Une plateforme mobilité ne peut pas tout faire, une collectivité non plus, une association non plus. C’est en mettant leurs compétences ensemble qu’on peut construire une réponse réellement efficace.
Quels sont les projets phares ou les prochaines étapes développés par Mob’In Occitanie pour l’année à venir ?
2027 va être une année assez importante pour nous, parce qu’elle va être celle de l’après-Tims.
Notre priorité sera de faire vivre les dynamiques qui ont été créées pendant ces trois années, mais aussi de consolider notre réseau et notre capacité à accompagner les territoires.
Nous allons notamment poursuivre le développement de Mobil’Elles, notre projet autour de la mobilité des femmes, avec des actions très concrètes autour du vélo, de la remise en selle, de la mécanique et du diagnostic mobilité.
Nous poursuivons également notre travail dans le Massif Central, avec des enjeux de coopération entre territoires et de pérennisation des solutions.
Et puis nous voulons continuer à renforcer nos liens avec les collectivités, les AOM, France Travail, les services de l’État et les acteurs de l’insertion.
Pour moi, l’enjeu de 2027 est vraiment là : passer de l’expérimentation à la structuration.
Tims a permis de montrer qu’il y avait des besoins et que des choses fonctionnaient. Maintenant, il faut réussir à inscrire ces pratiques dans les politiques publiques et dans les modèles économiques des territoires.
Et c’est probablement là que des réseaux comme Mob’In ont un rôle à jouer : faire le lien entre les politiques publiques, les professionnel·es et les habitant·es.
